Eglise St Pierre Architecture

eglise saint-pierre genval

La création de la paroisse St-Pierre

et l'architecture de son église

 

A la fin du XIXème siècle, Genval est un village brabançon aux maisons groupées autour de son église dédiée à Saint-Sixte.
Près de la gare, très loin du centre, au lieu-dit "Maubroux", une sorte de marécage, il n'existe pratiquement qu'un ancien café restaurant, "l'Hôtel de la Gare", et quelques rares constructions.
Au début du XXème siècle, un lac artificiel est créé dans la vallée de l'Argentine, en contrebas de la gare, par l'architecte paysagiste Adrien Hubaut. Le lac est rempli par la rivière "l' Argentine" en 1903 Au bas du parc se trouvent quelques maisons de maître. L'endroit devient vite un lieu de tourisme et de villégiature pour les Bruxellois. En même temps, les sources de Genval acquièrent une réputation. Genval devient "Genval-les-Eaux"
Dès 1904, les “Papeteries de Genval” vont jouer un rôle important. Le hameau de Maubroux se développe. Des constructions nouvelles poussent rapidement et une population jeune s'installe sur le site.

Nouvelle population, nouvelle paroisse et nouvelle église

La création d'une nouvelle paroisse est évoquée dès 1912, mais elle ne deviendra officielle qu'après la Grande Guerre, en 1921: la nouvelle paroisse est créée à Genval-Maubroux distincte de la paroisse Saint-Sixte de Genval-Centre.

Il n'y a pas encore d'église. On célèbre la liturgie dans une grange de la rue de la Station à l'emplacement actuel de l'agence de banque Fintro (n° 26), ainsi que du Restaurant "Ô Clair de Lune" (n° 24). Cette grange est transformée en chapelle et servira d'église durant 2 ans. Elle n'est alors bordée que de terrains vagues, espaces de jeux pour les enfants de l'époque.
Mais une église va bientôt surgir tout près de là. L'homme qui en est à l'origine, c'est Auguste Lannoye (1874 - 1938).

Né à Corroy-le-Grand en 1874 et orphelin dès son plus jeune âge, Auguste fut pris en charge par des oncles commerçants qui ne lui portèrent ni intérêt, ni affection. Remarqué par des enseignants pour son intelligence, il obtint une bourse d'études et, après un brillant parcours scolaire, devint ingénieur.
Il a d'abord travaillé dans plusieurs papeteries (Court-St-Etienne, La Hulpe ...) et décida enfin de s'installer à Genval en 1904. Il y avait de l'eau, celle de la Lasne, et une gare toute proche, celle de Genval.
En 1912, Auguste Lannoye crée la "Société Anonyme des Papeteries".
Le patron des papeteries va connaître 8 années de galère. Des projets en pagaille n'aboutissent qu'à des réalisations médiocres Mais il persévère. C'est un "jusqu'au-boutiste" et surtout un novateur qui poursuit ses projets envers et contre tout. Pas facile de caractère, il fait grincer des dents !

- Il lance et développe une section papier peint.
Ayant connu et vu la misère de près, il veut améliorer le sort des plus pauvres.

- En 1924, il crée un couvre-sol à très bas prix pour permettre aux classes modestes de ne plus vivre sur la terre battue. Le balatum est né. C'était du feutre bitumé à base de pâte cartonneuse. Il faudra cependant attendre quelques années pour que le produit soit tout à fait au point. L'incendie de 1936 détruit entièrement les bâtiments "papier peint" et "balatum".

La guerre (40-45) met un coup d'arrêt à la production. Après la guerre, le balatum - quatre fois meilleur marché que le "linoléum" de l'écossais Frederick Walton - va enfin acquérir une renommée mondiale.

- Autre succès: la création du papier Kraft, un papier d'emballage très solide et commercialisé à un prix dérisoire.

Le personnel passe de 45 personnes à 2500. Monsieur Lannoye instaure la sécurité sociale (Une Mutuelle bien avant qu'elle soit obligatoire en Belgique!). Il sera aussi l'un des premiers en Europe à donner des allocations familiales aux mères de famille de son personnel (Elle seront remises sous forme de chèque aux mamans !).

Il fait construire une cité ouvrière tout autour des papeteries : les corons de la place Lannoye, de la rue de Rixensart, de la rue Lannoye et de la Colline du Glain.

Devenu bourgmestre de Genval en 1926, il fait tracer de nouvelles routes, organise l'assistance publique et diminue les impôts au point de faire de Genval la commune dont les impôts seront les plus bas de Belgique.

Le fondateur des Papeteries de Genval fut bourgmestre de la commune jusqu'à sa mort en 1938.

Dès qu'il acquiert un peu de fortune, il veut qu'elle soit au service de tous. Après la première guerre mondiale, il entreprend
- la transformation d'un Hôtel familial en Clinique Maritime au Coq-sur-Mer, confiée, entre autres, aux soeurs Franciscaines de Genval jusqu'en 1956.
- la création d'une école libre: l'Institut St-Léon de La Hulpe, confié aux Frères Maristes de 1910 à 1974.
- et rêve, pour Genval, d'une école proche des papeteries. Ce rêve ne se réalisera qu'après sa mort, sous l'impulsion de Madame Marie Lannoye, épouse d'Auguste. L'école St-Augustin sera inaugurée en 1949 par le cardinal Van Roey.

Avant tout, il veille au bien être de ses ouvriers. Il voit son entreprise comme "une usine de bonheur". C'est ce qui le pousse à créer des infrastructures de confort: habitations, hôpitaux, écoles, salles de loisirs, et .... la construction d'une église.

Ah oui ! l'église Saint-Pierre dans tout ça?

Revenons en 1923.
Auguste Lannoy achète le triangle de terre (8a 97ca) situé entre la rue de Rosières, la rue de la Station et l'Avenue Albert Ier où se trouvait le café-resto "A la ville de Wavre" qu'il transformera en presbytère. Construire la nouvelle église au beau milieu d'un ensemble de rues si fréquentées n'est pas apprécié du Collège communal de l'époque qui prévoyait de la construire de l'autre côté des voies ferrées. Le Collège donne donc un avis négatif mais qui sera sans effet. Car ce terrain avec l'église, construite en 1923, restera la propriété personnelle d'Auguste Lannoye durant plusieurs années.
L'espace est étroit. Cela permet aussi de comprendre pourquoi, au lieu d'être "orientée", c'est-à-dire de regarder vers l'Est (vers l'Orient), le chevet de la nouvelle église regarde vers le Nord-Ouest.

Qui fut l'architecte de l'église Saint-Pierre de Genval ?

Ce rôle est traditionnellement attribué à Auguste Lannoye. Mais, aucun document stipulant le nom de l'architecte n'a été retrouvé. Il est possible qu'Auguste Lannoye ait demandé à l'un des ingénieurs des Papeteries de Genval de dresser les plans de l'église.
Elle est placée sous le patronage de saint Pierre, en souvenir du fils des époux Lannoye, le petit Pierre, décédé de la diphtérie à l'âge de 5 ans et demi, le 16 juillet 1916.

Quelques dates-clés.

- Dès 1921, l'abbé Emile de Myttenaere est le 1er curé nommé par l'Archevêché à la tête de la nouvelle paroisse.
- Il faudra attendre le 15 février 1925 pour que le premier "Conseil de Fabrique d'église" soit constitué. Il est présidé par Auguste Lannoye lui-même.
- Le 4 mars 1927, Monsieur Lannoye fait don à la Fabrique d'église des terrains et constructions : l'église et la cure. L'acte officiel de donation est dressé devant notaire le 31 décembre 1927.
- En 1939, fondation du "Patro" de Genval.
- Le 5 novembre 1939, Monseigneur Carton de Wiart, évêque auxiliaire, procède à la bénédiction de la statue du Christ Roi installée dans la chapelle latérale.
- En 1942, Jacques Lannoye (fils d'Auguste) fait don d'un nouvel orgue à la paroisse. Le dimanche 9 août, l'instrument est inauguré.
- Noël 1942: Naissance de la chorale Saint-Pierre sous la direction de Firmin Jamart, papa de Lucy (20 ans) qui l'assiste et d'Anne-Marie (9 ans).
- Le 2 août 1949, l'église est consacrée (soit vingt-cinq ans après sa construction). Ce jour-là, un reliquaire est placé dans l'autel et les 12 croix de consécration sont scellées dans les murs de l'église.
Le véritable acte de naissance d'un sanctuaire n’est pas la pose de la première pierre, mais sa consécration ou "dédicace".

Depuis lors, l'église de Genval est ouverte tous les jours : elle accueille les fidèles pour célébrer la liturgie. Durant les 365 jours de l'année, toute personne qui le souhaite peut y goûter un moment de recueillement ou de réconfort. Les écoles de la région peuvent venir la visiter avec leur professeur de religion. Elle est un espace de rencontre et un lieu de ressourcement.

Le style de l'église Saint-Pierre.

Ni néo-roman, ni néo-gothique, mais conçu à la manière d'une architecture industrielle du début du 20e siècle. Des murs de briques dans une armature de béton armé.
C'est la première du genre construite en Belgique !
Comme toutes les constructions en béton, elle commence à souffrir du "cancer du béton" appelé la "carbonatation". Mais on dispose aujourd'hui de techniques permettant d'y remédier. La fabrique d'église locale s'est engagée à réaliser les analyses nécessaires.

Les façades.

 

Les façades du bâtiment combinent à la fois:
- soubassement de moellons,
- structure apparente en béton,
- briques rouges et ornements en béton.

La façade principale, située au sud-est, est précédée d'un large porche en béton. Il abrite une porte cintrée à triple voussure.
La partie supérieure de cette façade est percée de quatre baies de hauteurs variables.
Le tout est surmonté par une statue de saint Pierre réalisée par le sculpteur belge Edouard Nootens (1899-1977).

 

Les façades latérales comportent chacune trois travées. Leurs parties inférieures sont percées de triples baies. Leurs parties supérieures sont éclairées de quatre couples de baies géminées.

 

Les fenêtres.

 

 

 

Elles présentent un encadrement de béton surmonté d'un arc en anse de panier. Leur encadrement est agrémenté, dans sa partie supérieure et dans sa partie inférieure, de crossettes c.-à-d., d'éléments décoratifs situés aux angles de l'encadrement de chaque fenêtre. C'est une caractéristique de l'architecture néo-classique.

 

Le campanile

 

 

Il est situé à l'ouest de l'église. C'est un étrange clocher de quatre étages.
Le premier et le deuxième étage sont percés sur chaque face d'une paire de baies géminées, inscrites sous un arc en anse de panier.
Le troisième étage porte les horloges tandis que le quatrième, bordé de parapets en béton, abrite les cloches sous un large toit débordant sommé d'une grande croix en béton.
On raconte qu'Auguste Lannoye, alors qu'il voyageait en Suisse italienne, aurait découvert un campanile dont la forme originale le séduit. Il le dessina et voulut que la tour de l'église Saint-Pierre en soit une copie fidèle.
Pourtant, en regardant ce clocher on croit voir un chevalement minier (la tour qui surplombe les puits à mines). Il ne manque plus que les molettes remplacées ici par les cloches.

Les cloches.

Le clocher est équipé des horloges et de deux cloches qui rythment la vie des alentours.
Ces cloches ont été coulées par le fondeur Omer Michaux de Louvain. L'Atelier Michaux a, entre autres, contribué à l'installation du Carillon de Louvain-la-Neuve qui se trouve dans le clocheton au dessus de la faculté de théologie (Grand-Place). Ce carillon-là est composé de 47 cloches dont 13 sont des Omer Michaux de 1921.

Plus modestes, les 2 cloches de Genval ont pourtant chacune leur caractère. C'est peu après la guerre, en 1949, qu'elles ont été électrifiées.

"Georgette" est la plus imposante. Elle pèse 650 Kg. On la voit très bien depuis la gare. Sa note de prédilection est le Sol. Elle porte l'inscription suivante :

Je m'appelle Georgette
J'ai été baptisée en 1921
Mon parrain et ma marraine sont
Ernest et Marguerite Mals

En venant du centre du village, on peut voir la plus petite des deux. Elle s'appelle "Berthe" et ne pèse que 450 Kg. Mais c'est Berthe qui sonne les heures et les demi-heures tout au long de la journée. L'accord de ses harmoniques oscille autour du Si bémol.
Elle porte ce message gravé dans le bronze :

Je m'appelle Berthe
J'ai été baptisée en 1921
Mon parrain et ma marraine sont
François Tobu et Berthe Van Gits